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Institut du Monde arabe

Institut du Monde arabe

1 rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 15e

L'Envolée de l'Architecte

L'Institut du Monde arabe, posé sur les quais de la Seine, s'offre à la contemplation comme une singularité architecturale, né d'une volonté diplomatique ébauchée sous Valéry Giscard d'Estaing et concrétisée sous François Mitterrand, dans la mouvance des Grands Travaux. Son implantation actuelle, à l'articulation entre le tissu historique du quartier latin et la brutalité moderne des facultés de Jussieu, fut choisie après l'abandon d'un site plus litigieux boulevard de Grenelle, suite à une farouche opposition des riverains et un gel du projet lors des élections de mille-neuf-cent-quatre-vingt-un. L'équipe de Jean Nouvel, lauréate d'un concours exigeant, a su traduire l'idée d'une intériorité arabe par une architecture de pleins et de vides où le rapport à la lumière devient central. Le bâtiment, un quadrilatère dont le flanc nord épouse la courbe du fleuve, est tranché par une faille longitudinale, habillée de marbre blanc de Thassos, menant à un patio à ciel ouvert. Cette césure souligne la quête d'une profondeur, d'un espace interstitiel propice à la méditation. La façade nord affiche un soubassement de pavés de verre, tandis que le mur-rideau supérieur évoque des strates de pierre. C'est cependant la façade sud qui capte l'attention, véritable emblème technologique et culturel. Ses deux-cent-quarante moucharabiehs, dotés de trente-mille diaphragmes photo-électriques, s'ouvrent et se ferment avec une précision photographique, régulant l'ensoleillement et le regard. L'ingéniosité du dispositif fut saluée à son inauguration en mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept, lui valant l'Équerre d'argent et le Prix d'architecture de l'Agha Khan. Pourtant, cette complexité mécanique, véritable tour de force industriel de l'époque, a longtemps souffert de dysfonctionnements, occasionnant une maintenance délicate et onéreuse. Sa récente restauration témoigne d'une prise de conscience de sa valeur intrinsèque et fonctionnelle. Les architectes ont dû composer avec des contraintes d'urbanisme, notamment une réduction de hauteur de cinq mètres pour ne pas obérer les covisibilités du Panthéon, ce qui a eu pour effet d'abaisser certains plafonds à deux mètres cinq. Une compromission fonctionnelle pour une considération visuelle, non sans conséquence sur le confort perçu de certains espaces. L'édifice abrite une bibliothèque imposante, dont la tour des Livres, visible en transparence avec sa rampe hélicoïdale, constitue un signal. Le musée, l'auditorium et les espaces administratifs se déploient sur dix niveaux, certains se partageant sur plusieurs étages. Au dernier, la salle du Haut Conseil et les restaurants offrent une vue panoramique sur les îles de la Seine, un panorama parisien classique, comme une invitation à contempler l'horizon après avoir exploré l'intériorité. L'Institut du Monde arabe demeure un exemple éloquent de la confrontation entre une intention culturelle profonde et les défis techniques et financiers de sa réalisation. Un objet architectural dont la sophistication se révèle à la fois force et fragilité, interrogeant la pérennité des prouesses technologiques face au temps et aux aléas.