
LA RETRANSCRIPTION DU RÉCIT
L eglise Saint Joseph Artisan a Montgeron illustre parfaitement ces compromis architecturaux de l apres guerre ou la frilosite financiere le dispute au conservatisme liturgique. Le projet debute en mille-neuf-cent-cinquante-deux sous l impulse du pere Jean-Baptiste Radin, dont la determination dut pallier des finances paroisseales plus que precaires, allant jusqu a vendre sa propre ferme en Bretagne pour boucler le budget. Sur le plan de la conception, la commande initiale echoue entre les mains de Raoul Denis qui sous-traite habilement le dessin a un etudiant des Beaux-Arts alors non diplome, Michel Mathieu. Le resultat volumetrique obeit a un plan basilical conventionnel, pare de pierres de Saint-Maximin en soubassement et ponctue d un clocher en beton armee. A l interieur, la nef a vaisseau unique est cadencee par des arcs brises en ciment qui descendent lourdement jusqu au sol, masquant en partie une charpente metallique flanquee de panneaux isophones. Mais l interet majeur de l edifice reside sans conteste dans le traitement de la lumiere par le maitre verrier Jean Barillet. Ses compositions en dalles de verre colorees, incrustees dans un reseau de ciment, menent le visiteur d une entree lumineuse vers un choeur plus sombre et abstrait, evoquant subtilement l influence des realisations de Fernand Leger a Audincourt. Entre tradition et modernite timide, cet objet cultuel temoigne d une epoque ou l architecture religieuse cherchait sa voie sans jamais vraiment oser la dechirure.