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Le Menhir

Le Menhir

Rue des Jardins, Boussy-Saint-Antoine

LA RETRANSCRIPTION DU RÉCIT

L'opération d'urbanisation du Val d'Yerres, lancée par la Société Centrale Immobilière de la Caisse des dépôts au milieu des années soixante, s'inscrivait dans une quête idéalisée : celle de la ville à la campagne. C'est au cœur de ce programme, à Boussy-Saint-Antoine, que l'architecte finlandais Heikki Siren, travaillant au sein d'Arkkitehtitoimisto Siren et Compagnie aux côtés de Kaija Siren, a conçu et réalisé la résidence du Menhir entre mille-neuf-cent-soixante et mille-neuf-cent-soixante-trois. Siren y déploie une typologie novatrice de logement intermédiaire, une solution qui tentait de concilier la densité de l'habitat collectif avec l'aspiration à l'individualité. Les unités, d'un niveau ou de plain-pied, sont subtilement agencées en groupes de trois ou quatre, disposées en décrochement les unes par rapport aux autres. Cette segmentation rompt l'uniformité et offre une perception d'échelle plus humaine. L'implantation paysagère participe à cette composition : les pavillons les plus hauts ceinturent la parcelle, tandis que les plus bas s'insèrent au centre, esquissant une topographie douce et suggérant une harmonie avec le site, même si ce dernier est entièrement ordonnancé. L'expression architecturale se fonde sur des volumes cubiques, d'une austère matérialité en béton brut, habilement recouverte d'un enduit blanc. Cette clarté chromatique établit un dialogue franc avec les huisseries en bois sombre, dont la teinte profonde accentue les percements et ancre les façades. Chaque logement s'ouvre sur les espaces collectifs par une terrasse, interface essentielle entre la sphère privée et le domaine commun. Cette disposition, caractéristique du modernisme nordique, vise à maximiser l'ensoleillement et la connexion visuelle, tout en ménageant des transitions maîtrisées. L'approche de Siren révèle un fonctionnalisme épuré, où l'économie des moyens ne sacrifie pas la qualité spatiale. Le choix du nom, le Menhir, pour une telle composition moderniste, pourrait sembler une coquetterie : un clin d'œil à l'ancrage dans le terroir pour des formes résolument contemporaines. Cette œuvre témoigne des aspirations d'une époque où l'on envisageait, avec une certaine foi, de refonder les modèles d'habitation collective. Elle constitue un exemple intéressant de ces efforts pour dépasser les solutions hâtives du grand ensemble en proposant des formes d'organisation plus nuancées, cherchant un équilibre précaire entre la densité requise et un certain art de vivre. Son influence se lit dans la persistance de cette recherche d'hybridité résidentielle, même si le contexte socio-économique a souvent altéré la pureté de l'intention initiale.