
LA RETRANSCRIPTION DU RÉCIT
L'édification de la chapelle du collège Saint-Charles, conçue par Jean Kindermans et achevée entre mille-neuf-cent-cinquante et mille-neuf-cent-cinquante-trois, s'inscrit dans le pragmatisme d'après-guerre. Le transfert du collège, sinistré par les bombardements de mille-neuf-cent-quarante-quatre, vers le château d'Athis-Mons imposa la nécessité de nouvelles infrastructures, plus fonctionnelles que fastueuses. L'architecte adopta pour la base de l'édifice des salles de classe en meulière, matériau local et robuste, établissant une assise terrestre pour l'élévation sacrée. La chapelle elle-même se dresse en béton armé, ce matériau paradigmatique du vingtième siècle, ici utilisé avec une franchise structurelle qui ne dissimule rien. Son vaisseau à nef unique, d'une simplicité intentionnelle, culmine en une abside semi-circulaire, conférant à l'ensemble une orientation classique dépouillée de tout ornement superflu. L'élément le plus notable de l'intérieur demeure cette suite d'arcs d'ogives en béton, laissée apparente. Ils ne se contentent pas de porter la toiture, ils structurent l'espace, conférant une rigueur quasi ascétique à l'ensemble. Il s'agit d'une expression brute, mais éloquente, de la force portante, une démonstration de la capacité du béton à définir l'esthétique sans artifice. Le pourtour de la nef est percé de baies verticales, regroupées par trois entre les arcs diaphragmes, une disposition qui rythme la lumière. Ces ouvertures accueillent des vitraux des ateliers Mauméjean. Leur montage au ciment dans des claustras en béton est révélateur des techniques de l'époque, privilégiant la robustesse et l'efficacité à la délicatesse des sertissages traditionnels au plomb. Chaque verrière présente une figure de saint, avec un hommage initial à saint Charles dans l'abside, avant une dédicace ultérieure à Edith Stein, témoignage discret des évolutions spirituelles. Cette œuvre de Kindermans, plus que d'émerveiller, invite à une appréciation de la justesse constructive. Elle ne cherche pas l'éclat, mais propose une architecture honnête, servie par un matériau alors perçu comme l'avenir. Elle est une illustration sobre mais puissante de la résilience et de l'ingéniosité d'une époque contrainte par la reconstruction et l'économie, où la spiritualité trouvait son expression dans une certaine économie de moyens et une franchise des formes.