
LA RETRANSCRIPTION DU RÉCIT
L'implantation du style Motte-Andreu, tel qu'il fut appliqué à la station Alma-Marceau de la ligne neuf, relève d'une logique de standardisation et de rationalisation d'un réseau vieillissant, plutôt que d'une quête d'originalité intrinsèque. Initié dès mille-neuf-cent-soixante-treize et déployé sur près de quatre-vingt-dix-sept stations, ce concept, émanation de la collaboration entre l'architecte Paul Andreu et le designer Joseph-André Motte, visait à injecter une nouvelle esthétique fonctionnelle, fortement régie par les impératifs de la Compagnie du Métropolitain de Paris, puis de la RATP. La station Alma-Marceau, réaménagée en mille-neuf-cent-soixante-quatorze, fut l'un des premiers laboratoires de cette approche. Elle illustre avec une certaine fidélité les principes fondateurs. Les banquettes maçonnées, revêtues de carrelage, ne sont pas de simples éléments de confort; elles structurent le quai en intégrant astucieusement l'ensemble du mobilier de service, des distributeurs aux corbeilles, dissimulant par la même occasion les rigoles techniques. Ce dispositif libère les flux de circulation, répondant à une contrainte majeure de ces espaces souterrains. Ces banquettes accueillent les sièges Coque, créations industrielles de Joseph-André Motte. Fabriqués en tôle émaillée ou thermolaquée, leur robustesse et leur production en série incarnent une réponse pragmatique aux exigences d'un usage intensif, tout en introduisant pour la première fois des places individuelles. Le bandeau lumineux, suspendu à la voûte de part et d'autre des voies, constitue le troisième pilier de cette composition. Au-delà de sa fonction d'éclairage, il englobe discrètement les systèmes de sonorisation, la câblerie et la signalétique, dessinant une ligne horizontale qui contribue à la lisibilité de l'espace. L'évolution des sources lumineuses, du sodium aux tubes fluorescents, témoigne d'une recherche d'efficacité plus que d'une exploration chromatique. La couleur, enfin, devient un vecteur essentiel de l'orientation et de l'identité de chaque station. À Alma-Marceau, c'est un bleu franc qui prédomine, apposé sur les tympans des tunnels, les entrées des couloirs, le bandeau et, dans une nuance plus claire, sur les sièges. Ce chromatisme distinctif organise visuellement le quai en zones d'attente et de transit. Il est intéressant de noter qu'Alma-Marceau a conservé une part de son habillage d'origine, notamment les carreaux de céramique biseautés de sept virgule cinq par quinze centimètres sur la voûte et les encadrements publicitaires en céramique. Cette préservation est devenue une rareté, beaucoup d'autres stations ayant subi des remplacements plus radicaux par des carreaux plats et des encadrements métalliques, gommant un peu plus le temps. Ce projet, bien que louable pour sa tentative d'harmonisation, a parfois été critiqué pour la monotonie qu'il a pu engendrer sur le réseau, transformant des espaces autrefois disparates en une série de variations sur un même thème. Il représente néanmoins une phase significative dans la modernisation du métropolitain parisien, un effort de grande ampleur pour concilier fonctionnalité, maintenance et une esthétique certes institutionnelle, mais cohérente.