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Ancien secrétariat général de l'OTAN, actuel centre universitaire Dauphine

Ancien secrétariat général de l'OTAN, actuel centre universitaire Dauphine

5-7 place Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrita jadis le secrétariat général de l'OTAN, et accueille aujourd'hui l'Université Paris Dauphine, se dresse comme un artefact de son époque, une composition résolument pragmatique. Conçu par l'architecte Raymond Lopez dans les années mille-neuf-cent-cinquante, il incarne une certaine orthodoxie du mouvement moderne, privilégiant l'efficacité structurelle et la clarté des volumes. Loin des fioritures ornementales, l'approche est ici celle d'une rigueur quasi ascétique. Le béton armé, matériau alors emblématique d'une modernité constructive, y est employé avec une franchise qui ne cède guère à la coquetterie. Les façades, caractérisées par une trame orthogonale de baies et de pleins, révèlent une organisation interne dictée par les impératifs administratifs et sécuritaires de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. L'alternance répétitive des bandeaux horizontaux et des travées verticales confère à l'ensemble une impression de solidité inébranlable, voire d'une certaine inhospitalité vis-à-vis de l'extérieur. Ce bâtiment fut avant tout une machine à fonctionner, pensée pour abriter des bureaux, des salles de conférence et des centres de commandement stratégique. L'architecture s'y fait discrète pour mieux servir sa fonction, une philosophie chère aux modernistes où la forme découle de l'usage. La sobriété de l'ensemble témoigne des préoccupations de l'après-guerre : reconstruire, organiser, et surtout, sécuriser un monde en pleine Guerre Froide. Il est d'ailleurs ironique de constater que l'édifice, inauguré en mille-neuf-cent-cinquante-neuf, ne fut le siège de l'OTAN que durant quelques années seulement. Le retrait de la France du commandement militaire intégré de l'Alliance Atlantique en mille-neuf-cent-soixante-six rendit caduc son usage initial, imposant le déménagement de l'organisation à Bruxelles. Ce départ précipité transforma un symbole de puissance collective en un vaste complexe à réaffecter, lui offrant une seconde vie, inattendue, comme centre universitaire. Cette transition vers l'université Paris Dauphine, à partir de mille-neuf-cent-soixante-huit, a révélé la flexibilité intrinsèque de sa structure. Les espaces initialement pensés pour la délibération militaire ou la gestion bureaucratique se sont adaptés, non sans aménagements significatifs, à la circulation étudiante et à l'enseignement. L'austérité de son enveloppe extérieure contraste désormais avec l'effervescence de son occupation actuelle, un dialogue implicite entre une architecture de l'ordre et une institution dédiée à la pensée critique et à l'innovation. Lopez avait conçu un bâtiment efficace, mais peut-être prévisible, pour son temps. Sa résilience face au changement d'affectation est remarquable, non par la grâce esthétique, mais par la robustesse de sa conception structurelle. L'ancien siège de l'OTAN est un témoignage architectural de l'ère de la rationalité militante, aujourd'hui réapproprié par le savoir, une sorte de victoire posthume de l'esprit sur la stratégie.