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Cité d'artistes

Cité d'artistes

230 Saint-Charles, Paris 15e

L'Envolée de l'Architecte

Observez comment cette longue ligne blanche vient s'ancrer au sud du parc André-Citroën, formant une frontière lumineuse entre la nature et la ville. Nous sommes devant la Cité d'artistes du quinzième arrondissement de Paris, une œuvre majeure livrée en 1992 par l'architecte Michel Kagan. Ce projet porte en lui une histoire de revanche créative fascinante. L'année précédant cette commande, Kagan perdait le grand concours pour concevoir les immeubles voisins du parc. La Ville de Paris, néanmoins convaincue par son approche, lui offre en guise de compensation une commande directe mais redoutable : réinventer le traditionnel atelier d'artiste parisien sur une parcelle très capricieuse, coincée entre des bâtiments anciens et menacée par la nappe phréatique de la Seine toute proche. Pour dompter ce terrain irrégulier, l'architecte a décomposé son projet avec une rigueur magistrale. Il dessine trois volumes aux formes géométriques pures, un carré, un triangle et un cercle, qu'il vient aligner le long d'une épine dorsale de cent mètres. Ces longs passages extérieurs superposés, qui relient les édifices, organisent une promenade architecturale fluide, invitant l'habitant à s'élever et à contempler le paysage tout en se déplaçant au grand air. Le contraste entre les deux visages de ce bâtiment est une vraie leçon d'architecture. Côté rue, l'édifice se fait volontairement discret, presque silencieux. Ses murs sont massifs et peu ouverts pour s'aligner sur la rigueur et l'échelle des immeubles anciens voisins. Mais dès que vous passez côté parc, la structure éclate de lumière et assume sa pleine échelle. C'est ici que se déploient les trente-huit ateliers d'artistes en duplex. Ils regardent tous vers le nord, une orientation indispensable pour les créateurs car elle offre une lumière constante et douce, sans ombres portées gênantes. De gigantesques baies vitrées et des parois translucides inondent de clarté des espaces intérieurs vertigineux, dotés de murs hauts de huit mètres conçus spécifiquement pour la réalisation de toiles monumentales. Le choix des matériaux exprime avec force l'héritage moderne de l'architecte. Kagan utilise un béton coulé sur place d'un blanc éclatant, dont l'exécution a exigé une grande virtuosité avec des moules en bois sur mesure. Il l'associe massivement à la brique de verre, une solution technique et poétique brillante pour laisser entrer le soleil parisien tout en protégeant l'intimité de ceux qui y travaillent. Le jeu subtil entre la masse des grands cylindres de béton et les vides creusés dans les façades crée un rythme visuel captivant. C'est un bâtiment qui s'impose avec force lorsqu'on l'observe depuis la grande pelouse du parc, mais qui reste protecteur pour celui qui arpente ses coursives intérieures. Saluée par la presse internationale dès son inauguration, la Cité d'artistes cache aussi une très belle histoire de transmission. Plus de vingt ans après sa construction, le bâtiment a été méticuleusement restauré pour répondre aux défis climatiques de notre époque. Ce chantier minutieux a été piloté par l'architecte Nathalie Régnier-Kagan, l'ancienne partenaire de vie et de travail de Michel Kagan. Elle a su moderniser l'isolation, notamment en installant de nouvelles briques de verre plus épaisses et plus performantes, sans jamais trahir l'esprit de l'œuvre originelle. Aujourd'hui, cette réalisation demeure un manifeste intemporel, prouvant que les contraintes urbaines les plus sévères peuvent faire naître des espaces d'une liberté totale.