
Surgissant tel un jeu de blocs empilés au-dessus de l'effervescence parisienne, le centre universitaire Pierre-Mendès-France, affectueusement nommé Tolbiac, s'impose par sa verticalité assumée. C'est un assemblage audacieux où la rigueur géométrique rencontre une dynamique ascensionnelle vertigineuse. Nous sommes au début des années soixante-dix. L'onde de choc de mai soixante-huit a morcelé l'université de Paris. Plutôt que d'éloigner les étudiants en banlieue dans des campus isolés, le choix est fait de maintenir une présence universitaire forte dans un tissu urbain dense. Les architectes Michel Andrault et Pierre Parat relèvent le défi sur une parcelle triangulaire exiguë du treizième arrondissement, au-dessus d'anciennes carrières. L'urgence est telle que les pelleteuses entrent en action avant même l'obtention du permis de construire, retardé par les craintes de la préfecture face à cette immense tour. Il faudra une intervention ministérielle décisive pour achever ce tour de force en vingt mois à peine. L'intelligence de la conception réside dans une répartition spatiale en éventail, fondée sur des formes pures. Le cercle enveloppe les amphithéâtres. Le carré définit les circulations. Le triangle épouse le terrain. Le soubassement de briques apparentes, solidement ancré au sol, abrite les grands espaces d'enseignement magistral. En contraste total, la structure s'élance ensuite vers le ciel. Six modules urbains de cinq étages se superposent en porte-à-faux autour d'un noyau central de béton brut. Ils forment trois tours inégales, dont la plus haute culmine à soixante-seize mètres, toutes habillées d'un mur rideau de verre. Ce jeu de plein et de vide exprime visuellement la distinction entre les éléments porteurs structurels et les espaces habités, entre la minéralité massive des ascenseurs et la légèreté lumineuse des salles de cours. Cette vertigineuse ascension posait un défi pratique évident. Comment gérer les intercours de milliers d'étudiants sans saturer totalement les ascenseurs ? Les architectes conçoivent alors une parade ingénieuse en aménageant des forums d'altitude. Ce sont de vastes terrasses à ciel ouvert nichées dans les interstices des volumes, offrant des respirations suspendues au-dessus de la ville. Au pied de ce colosse, les artistes Bernard et Yvette Alleaume ont modelé un paysage artificiel de béton et de galets. Cette sculpture monumentale adoucit la transition entre la rue et l'enceinte de la faculté, invitant le passant à pénétrer dans ce lieu d'ébullition intellectuelle. Tolbiac demeure un manifeste de l'architecture structurelle. Le bâtiment symbolise une époque où l'on osait hisser le savoir au sommet, tout en dialoguant frontalement avec la ville moderne. Cette icône continue de rythmer le ciel de Paris, témoin de compromis politiques et de prouesses techniques qui fascinent les observateurs urbains.