
LA RETRANSCRIPTION DU RÉCIT
Ce site parisien, où s’élève aujourd’hui la Maison des Sciences de l’Homme, porte l’empreinte de strates successives, passant d’un couvent fondé en mille-six-cent-quatre-vingt-six à une prison, puis à ce complexe intellectuel. Une transition singulière du confinement à l’expansion de la pensée, non sans une certaine ironie. Marcel Lods, avec ses confrères Henri Beauclair, Paul Depondt et André Malizard, furent les maîtres d’œuvre de cette entreprise, achevée en mille-neuf-cent-soixante-dix. Le projet, né de la volonté de regrouper une vingtaine d’entités dispersées, fut une véritable odyssée administrative, marquée par des tergiversations ministérielles et des retards. Ce n’est qu’avec l’apport substantiel d’un million de dollars de la fondation américaine Ford que le chantier put réellement démarrer en novembre mille-neuf-cent-soixante-six. Le plan en H s’inscrit sur une parcelle trapézoïdale, une configuration pragmatique permettant une organisation efficace des vingt-mille mètres carrés. Les règles d’urbanisme, distinctes pour le boulevard Raspail et la rue du Cherche-Midi, se manifestent par une dissymétrie calculée : une aile s’élève à quatre niveaux supérieurs, l’autre à neuf. L’édifice se caractérise par sa structure métallique apparente, une ossature en acier précontrainte selon le procédé Wilenko, portant des planchers en béton. Une modernité revendiquée, bien que les raccords en pierre imposés par le voisinage tempèrent une pureté structurelle. Les façades, harmonisées, sont composées de panneaux modulaires et de doubles vitrages inamovibles. Cette inaltérabilité, dictée par la nécessité d’isoler le bâtiment des nuisances sonores du carrefour, impliqua une climatisation intégrale des locaux. Une prouesse technique pour l’époque, mais dont la maîtrise initiale se révéla, de l’avis des usagers, imparfaite. Des lames d’aluminium amovibles, manœuvrables de l’intérieur, habillent les baies. Elles offrent une façade dynamique, modulant l’apport solaire et l’esthétique des pleins et des vides. À l’intérieur, l’organisation répondait à une logique fonctionnelle rigoureuse : un centre de calcul, des laboratoires de reproduction, de vastes bibliothèques abritant un demi-million de volumes, et des bureaux modulables. Un système de gaine pneumatique, aujourd’hui relique d’une communication d’antan, assurait la transmission des messages entre les niveaux. Le hall d’entrée, vaste et lumineux, se distingue par un bassin qui se prolonge hors les murs et par un double escalier principal, élégamment croisé. La conception de ses réseaux électriques, volontairement surdimensionnés, témoigne d’une prescience remarquable quant à l’évolution technologique future. Ce bâtiment demeure un témoignage éloquent d’une certaine vision de la recherche et de l’architecture tertiaire du milieu du vingtième siècle, où la rationalité technique tentait d’épouser les ambitions intellectuelles, non sans quelques frictions d’usage.