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Église Saint-Pierre

Église Saint-Pierre

Place Saint-Pierre, Caen

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Pierre de Caen, classée dès mille-huit-cent-quarante, est un spécimen architectural dont la longévité de construction se manifeste par une stratification des styles plutôt qu'une pureté dogmatique. Dénommée successivement par les aléas topographiques, cet édifice a hébergé les rites les plus significatifs de la cité, depuis l'abjuration d'Henri quatre, scellée par un Te Deum retentissant, jusqu'à son passage éphémère en Temple de la Raison durant la Révolution, une conversion forcée qui dura de mille-sept-cent-quatre-vingt-treize à mille-sept-cent-quatre-vingt-quinze, avant de retrouver sa vocation catholique. L'origine demeure incertaine, un voile brumeux recouvrant ses premières fondations que d'aucuns situent au septième siècle, bien avant sa première reconstruction avérée au milieu du douzième. L'édifice actuel est un assemblage chronologique. Le treizième siècle voit s'ériger le chœur et la tour. La façade du quatorzième s'orne d'une vaste rose et le célèbre clocher gothique, érigé en mille-trois-cent-huit, se distingue comme le roi des clochers de Normandie, dont l'influence fut manifeste, comme en témoigne la flèche de Notre-Dame du Kreisker. La nef et ses bas-côtés, œuvre du quinzième siècle, adoptent le style flamboyant, offrant des jeux de lumière complexes et une verticalité affirmée. Mais c'est au seizième siècle, sous la houlette d'Hector Sohier, que l'abside voit le jour. Construite sur pilotis, une prouesse technique notable au-dessus de l'Odon, cette partie se distingue par son esthétique Renaissance, un exemple précoce et raffiné de la Renaissance caennaise. Elle contraste, non sans un certain raffinement, avec les éléments gothiques préexistants, attestant d'une capacité d'adaptation stylistique plutôt harmonieuse. La particularité des quatre vitraux visibles depuis le chœur, divergent de la symétrie habituelle de trois ou cinq, révèle une subtilité de conception. Les aléas du temps n'ont pas épargné l'édifice. Le pilier nord-ouest du clocher dut être consolidé dans les années mille-huit-cent-cinquante. Le coup le plus rude fut porté dans la nuit du huit au neuf juin mille-neuf-cent-quarante-quatre, quand un obus, probablement issu du Rodney, trancha net la flèche du clocher. Sa reconstruction en mille-neuf-cent-cinquante-sept, lui accordant soixante-quinze mètres, soit six de plus que les tours de Notre-Dame de Paris sans sa propre flèche, révèle une certaine forme d'orgueil restaurateur. Plus récemment, les campagnes de restauration du vingt-et-unième siècle ont permis la redécouverte d'une méridienne du dix-huitième siècle et la réinstallation des trois cloches historiques, Anne âgée de trois-cent-cinquante-et-un ans pesant un virgule trois tonnes, Paul et Pierre âgées de deux-cent-onze ans pesant respectivement un virgule huit tonnes et deux virgule deux tonnes, dans leur écrin de chêne, marquant la pérennité d'une tradition acoustique. L'orgue actuel, de mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-sept, en nid d'hirondelle, succède à des instruments détruits par le conflit. Quant à la paroisse, son extension historique et le déplacement de ses cimetières à la fin du dix-huitième siècle, illustrent l'évolution urbaine et sanitaire de Caen.

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