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Église Saint-Joseph

Église Saint-Joseph

8 boulevard François-Ier, Le Havre

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Joseph du Havre, cet édifice singulier, ne s'inscrit pas dans la tradition des lieux de culte, mais se manifeste d'abord comme une stèle verticale, un phare conçu pour les gens de mer, et un mémorial poignant des destructions de septembre mille-neuf-cent-quarante-quatre. Auguste Perret, père du béton armé magnifié, y déploie sa vision d'une pierre fabriquée, noble et économique, dans un style qu'il nommait le classicisme structurel. Cette construction, débutée en mille-neuf-cent-cinquante-et-un, est une des figures de proue de la reconstruction du Havre, traumatisé par la guerre. La structure est une prouesse d'ingénierie. Sur une base carrée de quarante virgule soixante mètres de côté, s'élève une tour-lanterne imposante, culminant à cent-sept mètres. Ce n'est pas une simple élévation, mais une articulation de volumes superposés, supportée par seize piliers massifs, ancrés sur soixante-et-onze pieux Franki de quinze mètres. L'ingéniosité réside dans l'usage du béton précontraint, qui permet à l'ensemble de défier les vents marins, assumant une charge de mille-cent tonnes à chaque angle. L'architecte, décédé en mille-neuf-cent-cinquante-quatre, confia la poursuite à Raymond Audigier et Georges Brochard. À l'intérieur, le dépouillement du béton brut de décoffrage, aux nuances rosées, est compensé par une lumière scénographiée. Marguerite Huré, artiste verrière novatrice, a orchestré une symphonie chromatique avec douze-mille-sept-cent-soixante-huit verres colorés. Abandonnant l'iconographie traditionnelle, elle utilise la couleur pure pour créer des verrières abstraites, où les tons rosés et verts symbolisent la nativité à l'est, les dorés et orangés l'Esprit au sud, les rouges la force à l'ouest, et les bleutés, couleurs célestes, au nord. La lumière s'intensifie vers le sommet de la tour, guidant le regard vers une clarté quasi translucide, renforçant la verticalité et induisant, dit-on, un sentiment d'élévation spirituelle. Le plan intérieur, centré sur le maître-autel en granit du Tarn, lourd de sept tonnes, anticipe de près d'une décennie les réformes liturgiques de Vatican deux. On rapporte que l'abbé Marcel Marie, curé de la paroisse et proche de Perret, fit couler la dalle de béton du nouvel autel central en mille-neuf-cent-soixante-quatre lors d'une absence opportune de l'archevêque de Rouen, affirmant ainsi cette audace conceptuelle. Ce mobilier sobre, dessiné en partie par Guy Verdoïa, inclut huit-cents sièges de type cinéma et conserve seulement deux statues du dix-huitième siècle, vestiges de l'ancienne église néogothique détruite. Longtemps perçue comme trop moderne, voire soviétique, par certains Havrais, marquant davantage la cicatrice des bombardements que la renaissance, l'église Saint-Joseph a vu son statut réévalué. Inscrite aux monuments historiques dès mille-neuf-cent-soixante-cinq, sa reconnaissance est devenue internationale avec l'inscription du centre-ville du Havre au patrimoine mondial de l'UNESCO en deux-mille-cinq. Elle est désormais un jalon incontournable de l'architecture du vingtième siècle, un témoignage éloquent de la capacité du béton à façonner une spiritualité nouvelle et une identité urbaine retrouvée, attirant annuellement plus de cent-mille visiteurs. Elle demeure un monument à la mémoire des disparus et un point de repère visible à soixante kilomètres au large, un phare spirituel en somme.

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