
Le site de l'Hôtel de ville du Havre, livré au public en mille-neuf-cent-cinquante-huit, est un témoignage éloquent de la reconstruction d'après-guerre et du travail d'Auguste Perret, figure tutélaire du béton armé, assisté de Jacques Tournant. L'édifice, remplaçant celui de mille-huit-cent-cinquante-sept, anéanti par les bombardements de mille-neuf-cent-quarante-quatre, se déploie comme un diptyque architectural. Il s'articule autour de deux corps principaux : une tour administrative et un bâtiment horizontal dédié aux fonctions de réception. La tour, haute de soixante-douze mètres et culminant à dix-huit étages, initiée en mille-neuf-cent-cinquante-quatre, évoque par sa verticalité un beffroi, bien que sa modernité constructive l'en éloigne. Ce geste monumental affirme la présence civique. Le corps bas, quant à lui, est caractérisé par une imposante colonnade. Cette série de poteaux verticaux, loin de la simple ornementation, porte littéralement la charge de la toiture-terrasse, abritant ainsi une structure secondaire supportant les planchers et de vastes baies vitrées. C'est là une expression magistrale du principe structure-enveloppe cher à Perret, où la solidité du cadre en béton dialogue avec la transparence du verre, définissant un jeu subtil de pleins et de vides. À l'intérieur, un grand escalier, partant du rez-de-chaussée pour se diviser en deux volées symétriques, conduit avec une dignité certaine à l'étage noble, où se déploient les salons. Le premier pieu du corps central fut coulé dès mille-neuf-cent-cinquante-trois. Perret, architecte du classicisme structurel, applique ici sa rigueur et sa rationalité, orchestrant une esthétique qui conjugue monumentalité et fonctionnalité. On peut déceler dans cette œuvre la persistance d'une grammaire classique – l'ordonnancement, la symétrie, la colonnade – réinterprétée par la matérialité et les techniques du vingtième siècle. Cependant, l'histoire du lieu n'est pas exempte de compromis. L'extension sur la façade nord, datant de mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept, fut jugée indispensable mais, c'est un euphémisme, esthétiquement discutable, altérant quelque peu la pureté originelle. Le site ne se limite pas à l'édifice. Le jardin de la partie sud de la place fut personnellement dessiné par Perret, prouvant son attention à l'intégration paysagère. Cependant, la vaste place a connu d'importantes mutations. En mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix, des transformations significatives virent le jour, incluant le rétrécissement d'un boulevard, la création d'un parking souterrain, et l'ajout de diverses plantations et treillages, dont certains furent démontés en deux-mille-dix. Plus récemment, en deux-mille-douze, l'intégration des voies du nouveau tramway a redessiné la lecture de l'espace, modifiant une fois encore la perception de l'œuvre initiale. Cette réalisation emblématique, avec ses façades, sa tour, son hall, ses escaliers et ses grands salons, a été fort logiquement inscrite aux monuments historiques en deux-mille-seize, puis classée en deux-mille-dix-sept, bénéficiant également du label Patrimoine du vingtième siècle. Une reconnaissance tardive mais méritée pour une œuvre qui, au-delà de sa fonction administrative, incarne la résilience d'une ville et la vision d'un maître constructeur.
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